Archives de catégorie : Bilans carbone

Bilan carbone du club de tir à l’arc de Chauvigny

Voici une analyse menée sur le club de tir à l’arc de Chauvigny, elle a été présentée lors de l’AG du club le 26 septembre 2020. Elle est publiée ici avec l’aimable autorisation des membres du Bureau.

Le fichier de travail, ouvert à tous, est à l’adresse : https://docs.google.com/spreadsheets/d/1PESKZeOUF2jX7YgfgxMz5J3Lof-qqd5J_M–qvAivzc/edit?usp=sharing

Résultats de l’analyse

Émissions totales du club

Le graphique ci dessous montre les émissions totales du club :

L’émission totale de gaz à effets de serre sur une année-type est de 7670 KgCO2e, soit presque 8 tonnes.

1ère observation :
Les deux parts du graphique qui sont décalées correspondent aux déplacements des archers pour se rendre de leur domicile au club, et aux compétitions. Ca représente presque 30 000 Km de déplacements
On peut observer par cela que presque les 2 tiers des émissions attribuables à la pratique du tir à l’arc sont extérieures au club, et seuls les archers eux mêmes, dans une démarche personnelle, peuvent prendre des dispositions pour faire baisser ces émissions.

2nde observation :
Sur ce graphique total, les parts :

  • Transport domicile-club
  • Transport compétitions
  • Transports de service
  • Transport de l’entraineur Brevet d’Etat

sont colorées en rouge-rose.

On voit que les 3 quarts des émissions attribuables à la pratique du tir à l’arc proviennent des transports de personnes. Ce secteur, dans une localité rurale comme celle de Chauvigny, est le plus difficile à décarboner sans changer profondément les habitudes des gens.

Émissions du club hors transport des archers

Dans le graphique ci dessous, les parts correspondantes au transport personnel des archers ont été supprimées, afin de mettre en évidence uniquement les secteurs sur lesquels le comité directeur du club peut avoir de l’influence à travers ses décisions.

On observe :

  • Presque la moitié des émissions de GES sont dues au chauffage au gaz de la salle de tir l’hiver
  • Un peu plus d’un quart des émissions de GES sont dues au transport de l’entraîneur Brevet d’État que le club charge d’entraîner les tireurs
  • Les consommations électriques, transports de service (courses diverses pour le club) et fournitures de tir comptent pour un quart des émissions.

Cette quantité d’émissions est de 2,8 TCO2e / an
Si les archers veulent l’ajouter à leur bilan carbone personnel, cela représente 43 Kg CO2e/archer/an.

Pistes d’amélioration

Voici quelques améliorations possibles, dans l’ordre de l’importance des émissions de GES qu’ils peuvent éviter (dans la démarche d’amélioration, il faut d’abord commencer par ce qui est le plus efficace et le plus facile).

Chauffage

Supprimer le chauffage

Solution a efficacité immédiate qui ne coûte rien. On peut s’attendre à une forte opposition des archers 🙂

Améliorer la programmation du chauffage

Il devrait être réglé à 19°C, et être programmé pour se mettre en fonctionnement en cohérence avec les créneaux d’occupation des locaux. La commune de Chauvigny a déjà engagé cette démarche et un chauffagiste a déjà réalisé un réglage du programmateur en 2019.

Modifier le système de chauffage

Actuellement le chauffage des locaux est assuré par 3 aérothermes soufflants à gaz. Ils chauffent l’intégralité du volume d’air des travées de tir, qui ne sont pas spécialement étanches à l’air.

Comme les tireurs sont placés sur une ligne de tir ou à proximité, et que la majorité du temps d’occupation est dans cette zone, une possibilité efficace serait de remplacer les aérothermes par des panneaux électriques rayonnants basse T°C, installés au plafond au dessus de la ligne de tir.

Ils permettraient de chauffer par rayonnement uniquement la zone d’intérêt, ce qui serait plus agréable, et supprimerait le bruit de soufflerie des aérothermes. Comme ces systèmes ont peu d’inertie, ils peuvent même être contrôlés par des détecteurs de mouvement, et ne nécessitent ainsi aucune programmation, il n’y a pas non plus de contrat d’entretien requis contrairement à des appareils à gaz. Le remplacement de l’énergie gaz par l’énergie électrique est très favorable d’un point de vue émissions de CO2, l’électricité étant très décarbonée en France.
L’inconvénient est le coût des travaux, qui pourraient être augmentés par un renforcement de l’installation électrique du club (puissance actuelle inconnue), mais il est très probable que les économies de gaz et d’entretien ultérieures amortissent rapidement la modification de l’installation.

Déplacements de l’entraîneur Brevet d’État

Former un entraîneur local

Il y a très peu d’entraîneurs brevetés dans la région, et il n’y a pas de choix suffisant pour préférer un entraîneur situé plus près. Une possibilité serait d’aider un archer du club, via une reconversion professionnelle par exemple, à passer les étapes d’un brevet d’État afin d’assurer l’entraînement au club. Des échanges avec la municipalité de Chauvigny indiquent qu’ils sont favorables à subventionner ce genre de montée en compétence au sein des associations de Chauvigny.
L’inconvénient serait que le club perdrait l’avantage du regard extérieur et de l’expérience de nombreux clubs qu’apporte l’entraîneur actuel.

Pièges à éviter et intérêt du bilan carbone

L’étude ci dessus a identifié les deux postes principaux d’émissions de GES du club, qui sont le transport et le chauffage.
Sur le premier graphique des émissions totales, on voit que ces deux postes représentent 85% des émissions.

Si une enveloppe budgétaire était allouée au club pour améliorer son bilan carbone, et permettrait de réaliser l’un ou l’autre des deux projets ci dessous :

  • Rénover l’éclairage des travées de tir par des LEDS
  • Financer un stage d’éco-conduite routière pour 2 ou 3 groupes d’archers automobilistes du club

Quel serait le choix le plus efficace en terme de réduction des émissions ?

  • L’économie d’électricité apportée par des LED, par rapports aux tubes fluorescents, est assez faible. De plus la consommation d’électricité est une part très faible dans le bilan carbone du club. Le remplacement de l’éclairage existant impliquerait aussi d’acheter et donc de fabriquer les LED, avec les émissions de GES associées. Cela demanderait de mettre au recyclage (dans le meilleur des cas) les anciens éclairages. Il n’est pas impossible que le choix de cette solution amène en fin de compte à une augmentation globale des émissions de gaz à effet de serre de la part « éclairage » du club.
  • Concernant le stage d’éco-conduite, on peut évaluer son efficacité à une baisse globale de 5% . Cela tient compte qu’une partie des archers automobilistes, après en avoir bénéficié, se remettent à leurs anciennes habitudes de conduite, mais aussi que certain en retiennent tout le bénéfice et peuvent économiser jusqu’à 10% de carburant. Cette solution présente aussi l’avantage d’avoir un impact en dehors du tir à l’arc, puisque les archers sont aussi automobilistes pour leurs déplacements autres.

Paradoxalement, la solution LED est visuelle et a des chances d’être mise en valeur « écologiquement » dans la communication locale, alors que la dépense d’une subvention pour former les gens, sans garantie de résultats immédiats, pourrait être considérée comme du gâchis, alors que c’est la plus efficace.

L’intérêt du bilan carbone est d’apporter des éléments factuels pour ne pas tomber dans l’erreur décrite ci dessus.

Bilan carbone d’une activité d’apiculture à Chauvigny

Voici une analyse-type menée sur une activité d’apiculture amateur à Chauvigny. Elle se décompose en :

  • Une série de calculs, qui est à proprement parler le « bilan carbone »
  • Des exemples de comparaison
  • Un résumé des principaux contributeurs au bilan (ce qui compte le plus dans les émissions de gaz à effet de serre)
  • Des propositions concrètes d’amélioration, basées sur les plus gros contributeurs en priorité
  • Si souhaité, une perspective d’avenir en cas de renchérissement des carburants fossiles ou de difficulté d’approvisionnement

Le fichier de travail, ouvert à tous, est à l’adresse : https://docs.google.com/spreadsheets/d/1e6ylp7qg5u0l7qkXV5mXQTL70AAp6chyMQ6YXm6bBBI/edit?usp=sharing

Résultats de l’analyse

Résultat : 348 g. de CO2 par pot

Équivalences pour comparaison :
Environ 2 Km en voiture ou 1,5 KW.h de chauffage au gaz

Principaux contributeurs :
– 47 % fabrication pot en verre + capsule
– 31 % transport jusqu’au rucher
– 18 % matériel d’apiculture

Pistes d’amélioration :
– Favoriser le réemploi des pots
Problème de filière de récupération inexistante, et problème d’acceptation par les autorités sanitaires

– Supprimer le transport jusqu’au rucher
Problème de place et voisinage pour installer le rucher à la maison

– Décarboner le transport jusqu’au rucher
Poids du matériel à prendre en compte pour transport en vélo. Un véhicule électrique serait un peu mieux mais non idéal.

– Augmenter la production pour diluer les transports (nombre à peu près constant) sur plus de pots

Perspectives d’avenir en cas de renchérissement des carburants fossiles ou de difficulté d’approvisionnement :
Faible impact, activité essentiellement locale et faiblement consommatrice de carburants fossiles.
Possibilité de basculer vers plus de réemploi de pots, et d’assurer le minimum de visites à vélo.
Matériel d’apiculture en bois facile à fabriquer si non approvisionnable

Bilan rénovation énergétique maison de Chauvigny

Rénovation énergétique de notre pavillon de 1967, dans la zone du Peuron à Chauvigny.
Coûts, bénéfices et analyse critique :

État initial :

Pavillon de 1967, surface habitable 94 m², sur sous sol.

  • Murs en brique creuse épaisseur 30 cm, non isolé
  • Sol béton + hourdis terre cuite, non isolé
  • Plafond béton + hourdis terre cuite, non isolé
  • Fenêtres simple vitrage posées en feuillure

Chaudière fioul de 2014, puissance 25 KW (!) avec production d’eau chaude. 12 radiateurs fonte répartis à travers la maison. Une installation colossale !

Le DPE de vente indique :

  • une consommation d’énergie primaire de 361 KW.h par an par m², classé F (logement énergivore)
  • Une estimation des émissions de gaz à effet de serre de 108 KgEqCO2 par an par m², classé G (Forte émission de GES)

Ces résultats amènent à une consommation annuelle estimée à 33952 KW.h primaire (2444 €/an abonnement inclus) , et à une émission de GES de 10152 KgEqCO2 par an (10 tonnes !)

Les DPE, dans ces conditions, étant souvent très surévalués par rapport à la réalité, on prendra plus raisonnablement pour la suite une consommation de 2/3 de celle calculée : 22634 KW.h, soit 1629 € de fioul/an et 6,6 t EqCO2 émis

Maison de 1967
Intérieur d’époque, non isolé
Étage non aménagé, non isolé
Chaudière d’origine
12 radiateurs fonte

Rénovation énergétique :

La possibilité de ne pas habiter immédiatement dans la maison a permis d’envisager une rénovation énergétique totale, enveloppe complète. L’emménagement a été possible au bout d’un an.

Options choisies :

  • Remplacement des menuiseries par des fenêtres double vitrage, en applique intérieure
  • Isolation des murs par l’intérieur, panneaux de 120mm de laine de verre R=3.75
  • Isolation de la toiture sous rampants, rouleaux de laine de verre encapsulée + soufflage vrac épaisseur 260mm R=6,5. Membrane d’étanchéité intérieure collée en périphérie.
  • Isolation du sol par panneaux de mousse polyuréthane 56mm (TMS) R=2,6
  • Chauffage au sol au RDC par circulation d’eau chaude, intégrée dans une chape liquide ép. 50mm
  • Chauffage à l’étage par 4 radiateurs électriques à fluide caloporteur 750W
  • Chauffage des 2 SDB par sèche serviette électrique à fluide caloporteur 700W
  • Alimentation du plancher chauffant + production d’eau chaude par chaudière électrique à accumulation (base de système solaire combiné, avec simple échangeur). Puissance 3 x 3000W
  • VMC double flux rendement 95%
Isolation sol + installation réseau d’eau plancher chauffant
Fenêtres neuves, isolations murs par l’intérieur + placo
Pose isolant sous rampants et collage membrane étanche + isolation des murs
Cuve de système solaire combiné 1000 L (chauffage + ECS)
VMC double flux

Coût de la partie énergétique de la rénovation :

Remplacement fenêtres23632 €
Isolation des murs + placo6717 €
Isolation de la toiture sous rampants7873 €membrane posée par nos soins, sinon +1500 €
pose plancher chauffant + coulage chape liquide 95 m21925 € + 3049 €calculs thermiques et pose faite par nos soins, sinon +3000 €
6 radiateurs 750 W1050 €
Chaudière électrique à accumulation + plomberie de raccordement2500€Installation faite par nos soins, sinon +5000 € au moins
VMC double flux1473 €Installation faite par nos soins, sinon +1500 € au moins
Total :48219 €

Nota : le bilan ci dessus n’inclue pas les cloisons intérieures, portes intérieures, carrelages, etc… Il s’agit uniquement des éléments d’économie d’énergie du chantier.

Les aides obtenues sur ce chantier sont :

  • Crédit d’impôts pour bouquet de travaux d’économie d’énergie : -4920 €
  • Obtention d’un Eco-PTZ de 30 000 € sur 15 ans, soit 166.67 € par mois.
  • TVA à 5.5% sur les fenêtres et l’isolation posées par un professionnel.

Soit une charge financière de 13299 € de fonds propres, et ensuite 166,67 € par mois pendant 15 ans

Résultats après travaux

A la différence du DPE d’achat cité en début d’article, les chiffres présentés ci dessous proviennent de relevés réels sur l’année 2019. La température réglée dans la maison est 19°C dans les chambres et 20°C dans la pièce de vie, avec des « shoots » de chaleur dans les salles de bain quand on se douche ou qu’on baigne bébé.

Le service rendu est également différent, puisque la maison fait maintenant 157m² habitables (aménagement de l’étage) et possèdes 6 vélux supplémentaires.

Le graphique ci dessous montre la consommation par usage, par mois et en KW.h :

La consommation électrique totale de l’année, dédiée au chauffage et ECS, est détaillée ci dessous :

UsageConsommation KW.hen euros, sans compter l’abonnement EDF base 9KW tarif réglementé (0.1587 € KW.h)
Plancher chauffant3590570 €
Radiateurs étage et SDB1620257 €
eau chaude sanitaire (ECS)922146 €
Perte thermiques de la chaudière (137 W en continu)1172186 €
Total73041159 €

Par rapport à la situation initiale :

  • économie de 470 € / an sur le chauffage et eau chaude sanitaire
  • Émission de 0.36 t EqCO2/an au lieu de 6,6 (division par presque 20, en tenant compte d’un kw.h électrique à 50 g. EqCO2)
  • +63 m² habitables

Analyse critique

Pour dissiper toute hypocrisie, cet article analyse le bénéfice en terme de CO2 « à l’usage » de la maison. Il passe sous silence les 35 tonnes de gravats évacués de la maison pendant les travaux, le devenir de toutes les anciennes fenêtres remplacées, les très nombreuses remorques de déchets de travaux, restes de revêtement plastique des années 70, plâtre, chutes de matériaux, le tout totalement in-triable, qui ont été emmenés à la déchetterie et enterrés au Vigeant ou à Sommières-du-Clain.
A ce sujet, il faut reconnaître que les seules méthodes de construction viables à très long terme sont la construction bois et l’isolation paille, qui bénéficient de plus d’excellentes performances thermiques et de confort.
Néanmoins ces méthodes n’étaient pas adaptées pour le projet décrit ici.

De même le bilan carbone de la rénovation, qui comptabilisera l’énergie grise injectée dans la maison sous forme de matériaux d’isolation et autres, et qui doit être remboursée énergiquement, n’est pas encore réalisé.

On voit que, classiquement dans ce genre de rénovation lourde, les économies réalisées peuvent parfois ne jamais rembourser le coût des travaux. Ici les 43 000€ de travaux, à raison de 470 € d’économie /an mettront 91 ans à s’amortir 🙂
Par contre la réduction d’émissions de gaz à effet de serre est très conséquente (division par 20).
Ceci illustre l’obligation de l’état à subventionner massivement les travaux d’économie d’énergie, si on veut tendre vers un objectif bas carbone. En effet l’expérience montre que les habitants n’ont pas forcément d’intérêt économique à réaliser des travaux d’isolation complets et performants.

Cette première année de relevés a montré la déperdition thermique du système solaire combiné, qui n’avait pas été très bien appréhendé à la conception. La solution à accumulation devrait rester viable si ça permet de lisser la consommation de la maison et de ne pas générer de pic de consommation d’électricité l’hiver. Cela sera analysé dans un autre article.

Bilan rénovation énergétique maison 1920

Rénovation énergétique d’un pavillon de 1920, en région parisienne.
Coûts, bénéfices et analyse critique :

État initial :

Pavillon de 1920, rez de chaussée + deux étages, surface habitable 50 m2.

  • Murs en pierre épaisseur 50cm, et en briques pleines épaisseur 20 cm, non isolés
  • Sol RDC carrelé sur terre-plein, non isolé
  • planchers 1er et 2nd étage en bois, non isolés
  • Fenêtres simple vitrage posées en feuillure
  • 2nd étage de type « grenier », sans parement sous les tuiles (charpente et tuiles visibles)
Maison de 1920, rénovée après guerre, « dans son jus »
Murs intérieurs juste plâtrés, non isolés
Étage non aménagé, non isolé

Les moyens de chauffage étaient :

  • Poêle à bûches 10KW, alimenté en briquettes de lignite et en bûches
  • 1 poêle à pétrole mobile, alimenté en pétrole distribué en grandes surfaces en bidons de 20 l
  • 1 déshumidificateur électrique + chauffant de 700 W
  • 1 radiateur électrique soufflant 1000 W pour les appoints

La consommation, le coût et les émissions de CO2 éq. étaient (consommations réelles) :

Type énergieQuantité/ancoût/an (€)KgCO2e/anÉnergie restituée dans la maison (KW.h)
Bois local (forêt Verneuil en Halatte)12 stères (4.32 tonnes)624 €considéré zéro16416 (3,8KW.h/kg) x 80% rendement poêle = 13133 KW.h
Briquettes de lignite5 paquets de 25kg55 €228 Kg *590 KW.h*
Pétrole8 bidons de 20 l232 €405 Kg *1564 KW.h*
Électricité1200 KW.h238 € (0.1587 € KW.h)60 Kg (50gCO2e/KW.h)1200 KW.h
Total/an1149 €693 Kg16487 KW.h

*données de calcul source ADEME https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm
Poêle à bois RDC
Poêle à pétrole d’appoint

Rénovation énergétique :

La possibilité de ne pas habiter immédiatement dans la maison a permis d’envisager une rénovation énergétique totale, enveloppe complète. L’emménagement a été possible au bout de 6 mois

Options choisies :

  • Remplacement des menuiseries par des fenêtres PVC double vitrage, en applique intérieure
  • Isolation des murs par l’extérieur, plaques de polystyrène épaisseur 150mm + enduit gratté, R=3.98
  • Isolation de la toiture sous rampants, rouleaux de laine de verre épaisseur 250mm R=6.
  • Isolation du sol de RDC par plaques de polystyrène épaisseur 80mm, R=2
  • Conservation du poêle à bûches en supprimant les briquettes de lignite.
  • Installation de 5 radiateurs électriques 1000W + programmateur fil pilote
  • Installation d’une VMC simple flux
  • Conservation du ballon d’eau chaude sanitaire électrique

Coût de la partie énergétique de la rénovation :

Remplacement fenêtres8352 €Crédit d’impôts 1670 €
Isolation des murs par l’extérieur29061 €Subventions 18000 € , voir détail ci dessous
Isolation de la toiture sous rampants + placo5990 €
pose isolant sol RDC + coulage dalle béton 25 m2980 €
5 radiateurs 1000 W500 €
Total :44883 €

Nota : le bilan ci dessus n’inclut pas les cloisons intérieures, portes intérieures, carrelages, etc… Il s’agit uniquement des éléments d’économie d’énergie du chantier.

Les aides obtenues sur ce chantier sont :

  • Crédit d’impôts pour bouquet de travaux d’économie d’énergie : -3670 €
  • Aide de l’ANAH programme Habiter Mieux : 14000 €
  • Aide du conseil général de l’Oise en échange des Certificat d’Économie d’Énergie (CEE) : 2000 €
  • Obtention d’un Eco-PTZ de 20 000 € sur 10 ans, soit 166.67 € par mois.
  • TVA à 7% sur les fenêtres et l’isolation posées par un professionnel (rénovation en 2013).

Soit une charge financière de 5213 € de fonds propres, et ensuite 166,67 € par mois pendant 10 ans

Pose de l’isolation par l’extérieur, les appuis de fenêtres ont dus être rallongés
Isolation des combles sous rampant
Polystyrène au sol du RDC avant coulage de la dalle
Aspect final après isolation thermique par l’extérieur

Résultats après travaux

Les chiffres présentés ci dessous proviennent de relevés réels sur l’année 2019, à garder en tête lors de la lecture du paragraphe consacrée au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE).

Par rapport à avant travaux, le service rendu est différent, puisque la maison fait maintenant 75m² habitables (aménagement des combles).

Type énergieQuantité/ancoût/an (€)KgCO2e/anÉnergie restituée dans la maison (KW.h)
Bois local (forêt Verneuil en Halatte)7 stères (2,52 tonnes)364 €considéré zéro9576 (3,8KW.h/kg) x 80% rendement poêle = 7661 KW.h
Électricité1500 KW.h238 € (0.1587 € KW.h)75 Kg (50gCO2e/KW.h)1500 KW.h
Total/an602 €75 Kg9161 KW.h
*données de calcul source ADEME https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm
** données Linky de l’hiver dégrevée de la consommation de base observée l’été (hiver 2018 : 1837 KW.h, hiver 2019 : 1119 KW.h)

Par rapport à la situation initiale :

  • économie de 547 € / an sur le chauffage et eau chaude sanitaire
  • Émission de 75 KgCO2e/an au lieu de 693 Kg, l’économie a l’air importante mais en dessous de 1 tonne de CO2e/an on considère déjà que les performances sont bonnes. Ici en l’occurrence on fait passer la notation de l’étiquette climat de « B » à « A ».
  • +25 m² habitables

On constate que les économies sont assez faibles, mais le confort général de la maison a changé dans l’ensemble.
En effet, avec les chiffres « avant travaux » présentés, la maison était globalement froide, avec des problèmes d’humidité, et il ne faisait chaud que dans la pièce de vie équipée du poêle à bois. Après travaux, la maison est plus saine, et en continuant de ne chauffer que la pièce de vie comme avant (les 5 radiateurs électriques sont utilisés occasionnellement en fin de compte), il fait bon dans toute la maison.

Analyse critique

Par rapport aux résultats après travaux, on voit que, classiquement dans ce genre de rénovation lourde, les économies réalisées peuvent parfois ne jamais rembourser le coût des travaux. Ici les 44 883 €, dont 25 213 € de reste à charge, à raison de 547 € d’économie /an mettront 82 ans à s’amortir 🙂

En termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’essentiel a été réalisé en arrêtant l’utilisation du poêle à pétrole et des briquettes de lignite, ce qui aurait pu être obtenu avant la réalisation des travaux.

De même le bilan carbone de la rénovation, qui comptabilisera l’énergie grise injectée dans la maison sous forme de matériaux d’isolation et autres, et qui doit être remboursée énergiquement, n’est pas encore réalisé.

On peut constater dans ce cas que pour les logements déjà chauffés avec des moyens bas carbone, notamment le chauffage électrique, les travaux d’économie d’énergie n’améliorent pas fondamentalement le bilan carbone global. Sans avoir fait le bilan carbone de la rénovation, il est probable d’ailleurs que cette rénovation ait généré plus de gaz à effet de serre qu’elle ne va en économiser par les économies de chauffage, c’est un paradoxe.

Par rapport à l’isolation thermique par l’extérieur (ITE), la méthode utilisée, à base de panneaux de polystyrène, génère une pollution diffuse et a été assez décevante sur ce sujet.
En effet, lors de la découpe et de l’ajustage par rabotage du polystyrène, cela a généré des tempêtes de billes blanches disséminées partout. Il y en a eu dans tous les potager alentours. Comme les eaux de pluies sont dirigées vers un ruisseau à proximité, on a pu mettre des grillages juste à temps sur les regards d’égout pour limiter les déversements dans l’environnement.
En observant les ouvriers, on se rend compte qu’il n’y a pas vraiment de moyen de capter ces billes de polystyrène à la source. On ne peut pas aspirer en continu à proximité des découpes, sur un échafaudage en plus. Les filets d’échafaudage ne sont d’aucune utilité car le vent emporte tout, et en l’absence de vent les billes se collent partout par effet électrostatique.
La meilleure solution à ce problème serait que l’isolant soit biodégradable afin que les chutes disparaissent assez rapidement dans la nature.

Limites du diagnostic de performance énergétique

Le programme « Habiter Mieux » de l’ANAH implique de réaliser deux diagnostics de performance énergétique (DPE), un avant les travaux et un après. Le versement de la subvention est possible si on obtient un gain de 25% de performance énergétique à l’issue des travaux.

Le DPE effectué avant les travaux indique une consommation de 1125 KW/m²/an (étiquette énergie classée G), et une émission de gaz à effet de serre de 15 KgCO2e/m² (étiquette climat classée C)
La consommation estimée pour le chauffage est :
– 74144 KW.h de bois (équivalent à 54 stères !)
– 2211 KW.h d’électricité soit 351 € (coeficient de 2,58 appliqués aux 5704 KW.heqprimaire indiqués dans le DPE)
Coût total annuel présenté 2677 €

Le DPE effectué après les travaux indique une consommation de 437 KW/m²/an (classé F), et une émission de gaz à effet de serre de 6 KgCO2e/m² (classé B)
La consommation estimée pour le chauffage est :
– 25324 KW.h de bois (équivalent à 18,5 stères !)
– 2211 KW.h d’électricité soit 351 € (coeficient de 2,58 appliqués aux 5704 KW.heqprimaire indiqués dans le DPE)
Coût total annuel présenté 1045 €

On voit que les chiffres des DPE peuvent être farfelus, par exemple l’estimation avant travaux impliquait de brûler 54 stères de bois pendant l’hiver, ce qui n’est probablement pas possible même en entretenant les flammes de l’enfer dans le poêle toute la journée.

Le second enseignement par rapport à ces calculs théoriques et les consommations réelles enregistrées plus haut est que les occupants d’un logement ne consomment pas le chauffage en fonction de leurs besoins, mais en fonction de leur moyens. C’est à dire que dans une maison moins isolée, on aura plus froid, et dans une maison bien isolée, on cherchera à atteindre une bonne température partout avant de limiter la consommation de chauffage. Cet effet rebond pénalise en général les travaux pour économie d’énergie.